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Cultiver, élever, manger autrement ? Pratiques alternatives, agriculture et alimentation…

Présentation de notre camarade, agriculteur dans le Gers, François Favre à l’Université d’été 2016 du NPA

Au NPA nous pensons qu’il faut changer nos modes de production agricole.

Les activités humaines ayant immanquablement des effets néfastes sur les écosystèmes, certains peuvent être tentés par un retour aux sources et notre passé pas si lointain de cueilleurs-chasseurs, mais le nombre d’humains aujourd’hui sur Terre rend cette option irréaliste.

Il faut donc comparer les différents systèmes existants. Comme les mots ne signifient pas toujours ce que l’on croit ou que souvent ils changent de sens selon qui les prononcent, je vais essayer de définir quelques termes. Nous verrons ensuite que les conséquences d’un changement d’agriculture et d’élevage sont économiques, politiques et sociétales.

 Définitions techniques et réglementaires

L’agriculture dite « conventionnelle »

(Car il est déjà paradoxal de nommer « conventionnelle » un type d’agriculture qui n’existe que depuis quelques dizaines d’années.)

C’est une agriculture qui repose sur :

  • un travail très mécanisé, avec des tracteurs et autres engins agricoles extrêmement puissants. La taille des engins implique des exploitations toujours plus grandes et des champs avec le moins d’obstacles possibles. Bosquets, haies, mares sont donc éliminées avec des conséquences catastrophiques sur la biodiversité.
  • des intrants d’origine chimique, engrais et biocides de toutes sortes (insecticides, fongicides, herbicides) qui ont tous pour effet de tuer la vie du sol et donc de faire baisser le taux d’humus dans le sol (perte de 75 % en 50 ans) pour arriver à une situation où les sols ne peuvent plus être qualifiés de vivants.
  • des monocultures
  • les semences sont rarement produites sur la ferme, ce sont des hybrides et des PGM, des quasi-clones. Ces variétés sont sélectionnées pour leur productivité mais en retour elles nécessitent des conditions très particulières et l’usage intensif d’intrants ainsi que pour certaines cultures d’irrigation.

Les conséquences de cette industrialisation de l’agriculture ont été catastrophiques sur plusieurs plans :

La productivité par personne est très élevée mais dépend en réalité du travail en amont des ouvriers qui ont fabriqué les intrants ou le matériel agricole.

Par contre le rendement par hectare après de grosses augmentations après la 2e guerre mondiale stagne voire régresse. Ce que l’on peut expliquer par le fait qu’au début de l’utilisation d’intrants, les agriculteurs bénéficiaient de sols vivant en bonne santé. Peu à peu les sols se sont dégradés, il a fallu augmenter la quantité d’intrants, et aujourd’hui rien n’y fait, il n’est plus possible de maintenir les rendements de nombreuses cultures. Comme la Reine rouge d’Alice au pays des merveilles qui coure de plus en plus vite pour rester sur place, les agriculteurs doivent traiter toujours plus pour tenter de ne pas baisser leur production. Il faut aussi noter que ces rendements ne tiennent pas compte des externalités négatives :

  • les engrais azotés participent de manière très importante au réchauffement climatique
  • l’eau et l’air sont de plus en plus pollués
  • les maladies dues à ces pollution se multiplient
  • la perte de biodiversité est incommensurable puisque on assiste à la 6e extinction massive des espèces (la 5e ayant vu la disparition des dinosaures non aviens)

L’élevage a suivi la même tendance. D’ailleurs le plus gros de l’agriculture conventionnelle est maintenant consacré à l’alimentation animale. On a assiste à une industrialisation de l’élevage avec des animaux qui vivent toute leur vie enfermés, qui sont nourris de grains, alors que pour la plupart ce sont des herbivores. Ce système concentrationnaire est consubstantiel à la maltraitance que subissent les animaux et les problèmes psychologiques des employés qui travaillent dans ces industries. De plus, l’usage immodéré de médicaments et particulièrement d’antibiotiques cause un risque non maitrisé pour la santé humaine.

L’agriculture biologique

Au niveau le plus basique, il s’agit d’une agriculture qui n’utilise pas d’intrants chimiques, et pas d’OGM (mais la réglementation européenne autorise des traces d’OGM). La non-utilisation de produits chimiques est évidemment un grand progrès pour la vie des sols, la biodiversité, la santé. Mais ce n’est pas non plus la panacée.

Certains produits « naturels » peuvent aussi être dangereux. L’usage immodéré d’engrais d’origine organique peut avoir des effets néfastes puisqu’il encourage les plantes à ne pas développer de symbioses avec les organismes du sol (bactéries ou champignons) avec pour corollaire que ces organismes périclitent et ne sont plus disponibles quand on en a besoin. De plus certains engrais sont transportés sur de grandes distances.

Et pour une grande partie l’agriculture biologique s’est développée comme une variante de l’agriculture conventionnelle, avec des monocultures et du matériel gigantesque par exemple.

Les normes ne disent rien non plus sur des aspects pourtant primordiaux :

  • les conditions de travail et de salaire des ouvriers agricoles
  • la taille des exploitations
  • la distance entre le lieu de production et le lieu de consommation
  • la possibilité de faire du maraichage en serre chauffée
  • la possibilité de faire des cultures hors-sol
  • si les animaux doivent pouvoir accès à des parcours extérieurs, ils peuvent être nourris à partir de céréales produites hors de l’exploitation
  • des traces d’OGM sont autorisées (0,9 %)

Du coup, en plus de la norme « officielle » AB qui reprend la norme européenne, co-existent un certain nombre de labels qui sont plus exigeants que cette norme :

  • Biocohérence : pas de coexistence bio/non bio sur une exploitation, pas de traces d’OGM, les animaux doivent être nourris à 50 % par la production de la ferme, pour les ruminants c’est même 80 %, les produits transformés doivent être 100 % bio, etc. ;
  • Nature et progrès : assez similaire mais avec aussi des considérations environnementales comme l’absence de proximité de routes importantes. Surtout le label ne repose par sur la certification par un organisme extérieur mais par les membres de l’association (agriculteurs et consommateurs). Cet aspect est très intéressant, car le cadre réglementaire implique que ceux qui ne polluent pas paient pour le prouver alors que les pollueurs n’aient rien à débourser. On est très loin du concept de pollueur-payeur tant vanté par les Verts ;
  • Demeter : le label de la biodynamie ;
  • Biodyvin : le label de la biodynamie pour les exploitations viticoles ;
  • Équitable écocert : produits qui portent le label bio européen et qui ont été réalisés de façon équitable ;
  • Cosmebio : pour les produits cosmétiques ;

L’agroécologie

Le dada du Ministre de l’agriculture Stéphane Le Foll.

Le terme n’a pas forcément la même acception selon les pays. En France même, il y a une grande différence entre les visions de René Dumont (premier candidat vert à la présidentielle), Pierre Rabhi (et son mouvement des colibris), Georges Toutain (cofondateur du Mouvement pour les droits et le respect des générations futures) ou Marc Dufumier (successeur de René Dumont à AgroTech) et la politique développée par Le Foll. Pour les premiers il s’agit de faire le lien entre agrosystèmes productifs et écosystèmes naturels. Et de ne pas traiter l’agriculture indépendamment des questions politiques, sociétales ou environnementales. À noter que ces chercheurs se sont tous intéressés grandement à l’Afrique.

C’est une approche complètement différente que défend Le Foll. C’est en effet ce ministre qui a écrit aux députés pour leur demander de ne pas interdire les insecticides néonicotinoïdes. C’est le même qui n’a rien fait pour fermer la ferme aux mille vaches bien qu’elle soit hors la loi. C’est encore lui qui a interdit les épandages aériens tout en autorisant les dérogations si l’épandage sert l’intérêt économique de l’agriculteur. C’est aussi lui qui souhaite que la France puisse subventionner directement la culture du tabac. C’est enfin lui qui souhaite que les fermes soient des entreprises aussi grosses que possibles.

Autant dire que lorsqu’on utilise le terme d’agroécologie, il faut préciser de quelle agroécologie on parle…

La biodynamie

L’agriculture biodynamique est un système de production agricole théorisé par un autrichien, Rudolf Steiner, en 1924. Il parle non pas d’exploitation agricole mais d’organisme agricole, et considère donc une ferme comme un organisme vivant diversifié et autonome. C’est évidemment bio, puisque les intrants en général sont limités au minimum et les intrants chimiques proscrits. Ce système tient compte des rythmes lunaires et planétaires et utilise des préparations dont le but est d’activer ou maitriser selon les cas les forces cosmiques présentes dans le sol. Ces préparations sont utilisées extrêmement diluées, on pourrait presque dire de manière homéopathique.

Si on peut avoir des doutes sur l’aspect ésotérique (la biodynamie repose sur un courant sprituel, l’anthroposophie), en pratique les agriculteurs biodynamiques sont très respectueux de la vie du sol et de la biodiversité ce qui explique sans doute des résultats très probants avec de plus en plus de vignerons par exemple qui se lancent.

La biodynamie prône aussi la limitation de la taille des exploitations et la réutilisation maximale des sous-produits de l’activité (déchets végétaux et animaux).

La permaculture

C’est une méthode globale qui a été créée dans les années 1970 par les Australiens Bill Mollison et David Holmgren (La permaculture, une agriculture pérenne pour les communautés humaines), eux-mêmes très inspirés par le Japonais Masanobu Fukuoka (La révolution d’un seul brin de paille) ainsi que par un autre Australien, Percival Alfred Yeomans, inventeur de la méthode « Keyline » de gestion de l’eau. Le terme « permaculture » est la contraction de « permanent agriculture », c’est-à-dire des systèmes agricoles qui sont durables, qui utilisent le moins d’intrants et le moins de travail possible et qui se rapproche des systèmes naturels. Il s’agissait pour Mollison de ne pas dépendre des systèmes industriels de production et de distribution responsables de la destruction des écosystèmes.

Depuis, la notion a été étendue au-delà des systèmes agricoles, et inclut en particulier les questions sociales. On parle donc maintenant non plus de « permanent agriculture » mais de « permanent culture » et ces principes sont utilisés dans les transports, en architecture, en urbanisme, etc.

La permaculture repose sur plusieurs principes :

  • L’éthique de la permaculture :
    • prendre soin de la nature
    • prendre soin de l’humain (de soi-même bien sûr, mais aussi des autres et des générations futures)
    • créer l’abondance et redistribuer les surplus
  • Le design permaculturel est une méthode de conception de système (difficile de traduire en un mot « design » à la fois « dessein » et « dessin », ça va donc de la conception d’un système, sa création et son aménagement). C’est une manière :
    • d’appréhender un système ou un problème dans sa globalité
    • d’observer comment les parties d’un système sont reliées
    • de réparer des systèmes défaillants, en appliquant des idées apprises de systèmes durables matures en fonctionnement
    • d’apprendre des systèmes naturels en fonctionnement, pour planifier l’intégration de l’être humain dans les écosystèmes où il s’est implanté et qu’il a abîmé avec ses systèmes agricoles et urbains, par manque de connaissance et d’éthique
    • d’inclure ceux qui n’ont jamais entendu parler de la permaculture.
  • Les étapes :
    • L’observation permet de récolter des informations qui serviront à comprendre le fonctionnement naturel du site. Mais l’observation ne doit pas se limiter à cette première étape, elle ne doit jamais cesser.
    • Les bordures sont les facteurs limitant du projet, aussi bien matériels (limites géographiques, ressources financières) qu’immatériels (compétence, législation).
    • Les ressources incluent les personnes impliquées, les finances, ce que vous pouvez faire pousser ou produire dans le futur, ce que vous voulez voir et faire sur le site.
    • L’évaluation de ces trois premières étapes permet maintenant de préparer les trois suivantes. C’est une phase ou l’on prend en considération toutes les choses à portée de main avec lesquelles on va travailler, existantes ou que l’on souhaite avoir, et où l’on regarde en détail leurs besoins spécifiques, afin d’identifier ses propres besoins en termes d’information (besoin d’une personne ressource compétente dans un domaine).
    • Le design est toujours un processus créatif et intense et l’on doit utiliser au maximum ses capacités à voir et à créer des relations synergiques entre tous les éléments listés dans la phase ressources.
    • L’implémentation est littéralement la première pierre posée à l’édifice, quand on aménage soigneusement le site en fonction de la chronologie et de l’agenda décidé.
    • La maintenance est nécessaire pour garder le site à son maximum de santé, en faisant des ajustements mineurs si nécessaire. Un bon design évitera le besoin de recourir à des ajustements majeurs.

La notion de zonage. Le système est divisé en zones de plus en plus éloignées de la personne :

  • zone 00 : la personne elle-même
  • zone 0 : sa maison
  • zone 1 : le jardin et les éléments nécessitant une attention quotidienne et soutenue.
  • zone 2 : le verger et la basse-cour.
  • zone 3 : les pâturages et les céréales. Cette production tend à être plus orientée vers la vente.
  • zone 4 : les pâtis (landes, friches, pâturages incultes) et les bois. Cette zone est souvent laissée aux plantes indigènes.
  • zone 5 : espace sauvage. L’intervention humaine se limite à la récolte de plantes utiles spontanées.

En agriculture, la permaculture se traduit par la recherche de l’efficacité énergétique. Donc pas d’intrants chimiques, pas ou peu de travail du sol. Cela implique aussi de maximiser l’énergie solaire au maximum et donc d’utiliser les huit strates verticales :

  • la canopée, grands arbres fruitiers et à noix
  • la couche des arbres intermédiaires (fruitiers nains)
  • les arbustes
  • les herbes annuelles
  • les plantes de couverture
  • la rhizosphère
  • la strate verticale (lianes, vignes)
  • la mycosphère

Dans la mesure du possible, on privilégie les espèces pérennes et vivaces qui demandent moins de travail et qui maintiennent une couverture du sol.

La permaculture est à l’opposé de l’agriculture conventionnelle. Elle vise à « régrader » les sols plutôt que les dégrader, donc à les régénérer et à construire des systèmes résilients. Elle se place donc clairement dans un système post-pétrole. Loin de se limiter à la question agricole ce sont tous les aspects de la société qui pourraient être concernés par cette approche fondée sur l’efficacité énergétique, l’absence de déchets mais aussi l’importance de l’humain.

L’agroforesterie

Encore un terme qui recouvre plusieurs acceptions. En permaculture, on l’utilise comme synonyme de forêt-jardin, donc une forêt créée par l’homme dans laquelle on trouvera des fruits, des noix, des baies, des herbes, des plantes médicinales, des champignons, des racines comestibles, etc. C’est un système très productif en termes de calories produites par m2 mais qui nécessite beaucoup de main d’œuvre.

Mais l’agroforesterie c’est aussi un type d’agriculture pas nécessairement bio, qui combine cultures ou pâturages et arbres. Si le terme est nouveau, il ne s’agit pas d’une invention récente. Deux exemples :

  • les pommiers et les poiriers dans les prés normands
  • les Dehesa en Espagne où les porcs noirs ibériques vivent sous les chênes verts

Ces systèmes sont plus productifs que les systèmes en monoculture. Les arbres procurent plusieurs avantages :

  • ils sont hôtes de toutes sortes d’espèces animales (insectes, oiseaux, serpents, petits mammifères) et végétales (lierre, champignons) et augmentent donc la biodiversité
  • ils régulent le climat, en particulier en été
  • ils protègent les cultures du vent
  • du coup ils permettent aux insectes pollinisateurs de butiner en période venteuse et augmentent donc la pollinisation
  • du fait de la profondeur de leurs racines, ils vont chercher des nutriments auxquelles les plantes herbacées n’ont pas accès, et les restituent soit à la surface (chute des feuilles) soit dans la rhizosphère (renouvellement des radicelles)
  • ils développent des symbioses avec les champignons et les bactéries, et leur permettent de survivre pendant les périodes sans culture
  • ils limitent l’érosion.

Paillage et couverts végétaux

Comme son nom l’indique, le paillage consiste à recouvrir le sol nu de paille et comme son nom ne l’indique pas, on peut utiliser toutes sortes de matériaux à la place de la paille.

Pourquoi pailler ? Par mimétisme ! Quand on se promène en forêt, on voit rarement le sol nu, mais un sol couvert de plantes vivantes et de champignons ou de matériaux en décomposition, feuilles, branchages, animaux morts. Les micro-organismes du sol sont adaptés à ce milieu, ils ne supportent pas le soleil et en particulier les U.V. Même des êtres comme les vers de terre ne peuvent pas survivre plus d’une quinzaine de secondes au soleil. Donc un sol nu est un sol dont la partie la plus proche de la surface est morte.

De plus la litière à la surface du sol protège le sol des pluies violentes et de l’érosion de l’eau et du vent.

La litière protège limite aussi l’évaporation de l’eau présente dans le sol.

En plus de protéger le sol, la litière nourrit le sol et fabrique l’humus. Les plantes absorbent le carbone présent dans l’air grâce à la photosynthèse, la litière le restitue au sol. Cet aspect est d’autant plus important pour l’agriculture qu’une grande partie du carbone est exporté lors de la récolte.

L’idée est donc qu’un sol ne soit jamais nu mais soit recouvert d’un couvert végétal vivant ou d’un paillage.

Le paillage va donc prendre différente forme en fonction des résultats que l’on recherche mais aussi des ressources disponibles :

  • des pierres ou du gravier vont protéger des U.V, de la pluie, du vent, de l’évaporation mais ne vont évidemment pas nourrir le sol, par contre leur effet va être étendu dans le temps
  • la paille va elle nourrir le sol, mais son effet est limité dans le temps
  • les tontes de gazon vont avoir un effet encore plus éphémère mais par contre vont apporter beaucoup d’azote
  • le BRF (bois raméal fragmenté) va jouer le rôle des petites branches qui tombent des arbres mais comme il est broyé on augmente la surface sur laquelle les organismes du sol vont pouvoir travailler. Il va avoir un effet beaucoup plus durable, et sa richesse en lignine va favoriser l’augmentation d’humus, mais sa pauvreté en azote risque de créer une carence en azote. La lignine va par contre va favoriser les champignons, les seuls organismes capables de la décomposer. Et comme les symbioses entre champignons et plantes sont particulièrement favorables aux plantes, leur présence va accroître la pousse des végétaux.

Un couvert végétal va lui aussi prendre différentes formes :

  • en présence de plantes ligneuses comme des vignes ou des arbres fruitiers, on peut avoir un couvert végétal pérenne avec des graminées et légumineuses qui captent l’azote de l’air
  • dans le cas d’un couvert temporaire entre deux cultures on privilégiera des espèces annuelles dont la destruction sera plus facile, des plantes gélives, etc.

Dans la mesure du possible, on privilégie les mélanges de plantes pour couvrir le plus de besoin possibles et maintenir la biodiversité.

Entre les deux existent une multitude de situations :

  • paillage autour des plantes dans une culture maraichère
  • semis de céréales dans un couvert qu’on vient de détruire par roulement
  • semis de céréales dans ou avec un légumineuse de faible développement

Il n’y a pas de méthode idéale car il faut s’adapter au sol, au climat, aux antécédents culturaux, à ce que l’on veut cultiver. Mais l’idée est toujours que le sol ne soit pas nu et dans la mesure du possible qu’il y ait toujours une plante, car sans plante, pas de sol !

Labour, travail du sol

Ce n’est pas un hasard si labour et labeur ont la même étymologie. Le travail du sol a plusieurs raisons : il permet de faire un lit de semences dans lequel on va pouvoir semer et il permet de contrôler les « mauvaises » herbes ou adventices, qui en fait sont des plantes qui sont indésirables, souvent à tort, car elles viennent concurrencer les cultures. La même plante peut donc être désirable ou indésirable selon les cas. De l’avoine semée pour nourrir des chevaux est désirable, la même avoine qui va lever spontanément dans un champs de blé sera considérée comme indésirable.

Mais le travail du sol peut être une méthode assez brutale. Tout particulièrement le labour, car on retournant la terre sur plus de 20 cm on modifie complètement l’habitat des micro-organismes du sol. À la surface du sol, on ne trouve que les organismes qui peuvent résister aux agressions atmosphériques et aux rayons du soleil. En dessous, la première couche, c’est l’humus, c’est là que se décompose les matières organiques. La vie est y foisonnante, car on y trouve oxygène, matière organique et humidité. Les organismes qui y vivent sont évidemment adaptés à ce milieu. Quand on retourne la terre, ils se retrouvent enterrés dans une couche beaucoup plus pauvre en oxygène. La plupart n’y survivent pas. Par contre, les micro-organismes qui sont adaptés à un milieu plus pauvre en oxygène, se retrouvent eux dans un milieu beaucoup trop riche. Les matières organiques qui étaient à la surface du sol se retrouvent enterrées et ne sont pas bien décomposées.

Pourtant le labour a longtemps été préconisé en bio car il permet de limiter les mauvaises herbes sans utiliser d’herbicide…

De nouvelles techniques émergent depuis quelques années, semis direct, semis sous couvert végétal. Ces techniques permettent de ne pas perturber la structure du sol. Le travail du sol est fait par la vie du sol. En ne détruisant pas les racines des plantes on laisse en place un réseau qui permet à l’eau de circuler, on ne crée pas des semelles qui empêchent l’eau de s’infiltrer. Un sol vivant retient beaucoup plus d’eau qu’un sol mort. Il suffit de penser à un désert de sable. Cette eau est disponible pour les cultures au fur et à mesure de leurs besoins.

Élevage industriel et hors-sol

L’industrialisation de l’élevage a commencé par la dernière étape, l’abattage. L’organisation des abattoirs de Chicago a inspiré Henry Ford quand il a monté ses chaînes d’assemblage. Dès ce moment, les animaux ont été réifiés, c’est-à-dire réduits à l’état d’objets.

Puis on a eu l’industrialisation de la production alimentaire, qui requiert uniformité et bas prix, ce qui a amené la constitution de filières intégrées. Les éleveurs ne sont plus qu’un maillon, et encore la plupart du temps, même le stade élevage est fractionné entre plusieurs éleveurs.

L’exemple le plus récent est la ferme-usine aux mille veaux qui voudrait engraisser 1 000 veaux à la fois, veaux qui ne sont pas nés sur l’exploitation. Et pourtant cette usine est presque un progrès puisqu’elle prévoit d’engraisser des veaux nés sur les exploitations de la région. La plupart du temps, les jeunes veaux sont transportés dans des conditions épouvantables, le plus souvent vers un autre pays.

Les éleveurs ne produisent pas ou ne produisent qu’une partie de l’alimentation. Alimentation qui ne correspond pas aux besoins physiologiques des animaux. Les éleveurs de volailles ne produisent pas eux-mêmes les poussins, les éleveurs de bovins utilisent de plus en plus l’insémination artificielle, ce qui implique une perte de diversité génétique puisque un taureau peut inséminer des dizaines, voire des centaines de milliers de vaches.

Conclusion partielle

Ce petit tour d’horizon est très partiel si on regarde la situation au niveau mondial où la majorité de la population vie d’une agriculture de subsistance et où les paysans sont souvent des paysannes. Globalement ce n’est pas l’agroindustrie qui nourrit l’humanité mais les petits paysans. Cela dit, les techniques utilisées par ces petits paysans pourraient souvent être améliorées.

On voit bien que ce sont deux types d’agriculture mais aussi de société qui s’affrontent. D’un côté une agroindustrie dont la raison d’être n’est pas de nourrir la population mais de se goinfrer sur son dos et ce quelles qu’en soient les conséquences environnementales, sociétales ou sanitaires. Cette agroindustrie n’est pas durable et ses jours sont comptés. Elle ne pourra pas faire face à la pénurie inévitable de pétrole, et donc d’azote mais aussi de phosphore, entre autres. De l’autre des paysannes et des paysans qui essaient d’inventer un nouveau monde.

 Agriculture conventionnelle opposée à permaculture

Je vais revenir sur quelques concepts et voir comment ils sont appréhendés par l’agriculture conventionnelle et la permaculture.

J’oppose volontairement les deux extrêmes, tout en sachant qu’il y a plein de nuances entre les deux. Mais le système capitaliste joue justement sur ces nuances, comme l’agriculture raisonnée (on utilise toujours les biocides chimiques, mais moins — c’est un peu comme les cigarettes ou le coca « light ») ou comme les différents types de capitalisme : le keynésianisme est moins pire que le néolibéralisme…

Résilience

C’est la capacité à faire face à des évènements qui nous menacent, comme la fin du pétrole bon marché ou le réchauffement climatique.

À ce petit jeu, on voit que la permaculture est beaucoup mieux adaptée, puisque le concept de résilience fait partie de ses gènes. L’idée même de la permaculture c’est de construire des systèmes résilients.

L’agriculture et l’élevage conventionnels sont, eux, au contraire extrêmement vulnérables. Une petite guerre et les prix du pétrole s’envolent et avec eux, les prix de tous les intrants. Et s’il n’est pas possible d’arroser, de gaver d’engrais azoté et de traiter, les semences de Monsanto ne produiront rien, ou pas grand-chose.

Une coupure d’électricité et la salle de traite ultra moderne arrête de fonctionner, les animaux enfermés ne sont plus ventilés et s’étouffent…

Si on pense écosystème, il n’y a pas de nuisibles. Les vrais parasites, s’ils sont efficaces, tuent leurs hôtes et… ils en meurent, faute d’hôtes. Les espèces cohabitent, parfois dans la douleur, mais il y a un équilibre. L’agriculture industrielle a cassé ces équilibres. Du coup les monocultures ou les élevages industriels sont à la merci des espèces pathogènes qui n’ont plus de prédateurs.

La question du pétrole : l’agroindustrie n’existerait pas sans pétrole. Intrants chimiques, tracteurs, transport inter-continents ne survivront pas à la fin du pétrole.

La permaculture, elle, intègre la frugalité à tous les stades :

  • pas question de transporter des aliments pour animaux, comme le soja OGM produit en Amérique du sud, pour nourrir des animaux
  • pas question d’asperger d’eau du maïs hybride ou OGM en plein cagnard
  • pas question de chauffer des serres pour avoir des tomates dégueulasses en hiver
  • pas question de transporter des veaux pendant 3 000 km pour les engraisser après la naissance

On voit les problèmes auxquels sont confrontés les céréaliers du fait des pluies du printemps. Leur collègues bio souffrent aussi, mais moins. Quand vous semez vos trois cents hectares avec une céréale et qu’elle est inondée, vous perdez tout.

Travail, campagne, aménagement du territoire

Comme nous l’avons vu, l’agriculture industrielle est très productive en terme d’emplois. Un ouvrier agricole peut s’occuper de deux ou trois cents hectares. Cette productivité est complètement artificielle puisque elle ne prend pas en compte les emplois du machinisme agricole ou du transport. Mais les conséquences en terme d’aménagement du territoire sont catastrophiques avec la désertification continue des campagnes.

La permaculture demande plus de main d’œuvre au niveau de la production et donc plus d’emplois à la campagne mais moins ou pas d’emplois dans les usines chimiques ou de machinisme ou de transport.

Du fait de la petite taille des exploitations, il est facile de recréer des ceintures vivrières autour des villes et de produire même au sein des villes. Rappelons-nous que les maraichers parisiens du XIXe siècle nourrissait toute la population parisienne et réussissaient même l’exploit d’exporter vers l’Angleterre.

Qualité du travail, autonomie

La permaculture est un processus continu qui est basé sur l’observation et l’acquisition de connaissances. Les permaculteurs cherchent à être autonomes et à nourrir leur communauté. On ne va prétendre que leur métier n’est pas stressant car dépendre des conditions climatiques, ce n’est pas de tout repos, mais c’est moins stressant que de passer sa journée devant son écran comme un trader, ce que font maintenant les céréaliers.

Un autre type de société

La permaculture permet à chacun de devenir producteur. En effet, il faut très peu de terre. Avec 1 000 ou 3 000 m2 un maraicher en permaculture peut vivre de son travail. Avec 10 fois moins, on peut se nourrir soi-même et sa famille. Ce qui pourrait donner une utilité aux lotissements et permettre de restaurer une unité écologique.

La permaculture c’est aussi une société non capitaliste, une société basée sur l’échange et le partage. Échange de graines par exemple. Mais aussi échange d’expérience et de savoir.

On passe donc d’une société de consommateurs à une société où nous produisons une partie de ce que nous consommons. Donc une société basée sur l’autonomie plutôt que sur la dépendance.

L’intérêt de la permaculture c’est qu’on peut la mettre en place sur de très petits systèmes. Toutes les méthodes qui ont été développées pour l’agriculture ou le maraîchage restent valides. Tout peut être fait avec très peu d’équipement. Sur de petites surfaces, une faux et une fourche permettent de faire du paillage. Sans broyeur on ne peut pas faire de BRF mais avec des sécateurs on peut faire du BREF (bois raméal entassé foulé). Comme on ne travaille pas le sol, pas besoin de motoculteur. C’est toujours une heureuse surprise quand au printemps on met sa main sous du paillage qu’on avait déposé à l’automne, et qu’on peut enfoncer sa main dans la terre, cette même terre qu’on avait eu du mal à bêcher l’année précédente.

Il est évident qu’outre l’accès à la terre, il faut aussi avoir du temps de libre, ce qui nous ramène évidemment à la réduction du temps de travail.

Un autre type de rapport avec la nature, avec la vie

Est-ce que nous voulons faire partie de notre écosystème et travailler avec lui ou le voyons-nous comme notre adversaire, voire notre ennemi ?

Travailler avec la nature implique un changement de paradigme. Plutôt que de se battre contre des prétendus nuisibles, il faut observer, questionner, réfléchir, et essayer de comprendre pourquoi ces « nuisibles » sont présents et posent un problème. C’est plus enrichissant mais aussi plus compliqué qu’aller à la coopé et acheter un traitement et le pulvériser.

Pour les agriculteurs, ce n’est pas facile de changer, il y a une pression exercée par ses pairs : « son blé est sale, il y a des coquelicots ».

Un autre rapport à l’alimentation

Il est évident que produire nos légumes changent notre rapport à la nourriture. On apprend évidemment à manger avec les saisons. On apprend à cuisiner ce qui est disponible. On apprend à conserver ce qu’on a produit. On fait des essais. On passe de consommateur à consom’acteur et finalement à consom’producteur.

Il ne faut pas beaucoup d’espace pour élever quelques poules ou lapins. Mais quand on sacrifie soi-même un animal pour le manger, on traite la viande avec beaucoup plus de respect et on baisse inévitablement sa consommation.

Quand on ne peut pas produire, on peut essayer d’acheter directement auprès d’un producteur, échanger avec lui, comprendre.

Un autre rapport à la science et à l’éducation

Cela implique un changement complet de système éducationnel. Un système qui au lieu de produire des salariés exploités et des consommateurs passifs, nous aide à vivre en harmonie avec notre environnement.

La recherche agronomique actuelle se concentre sur la production agricole de manière totalement artificielle, hors-sol.

Malgré les capacités techniques que nous avons aujourd’hui, nous continuons à consacrer beaucoup plus d’argent à ce que nous pouvons voir et à ce à quoi nous pouvons nous identifier (les mammifères par exemple) qu’aux micro-organismes du sol (ou de nos intestins pour parler d’un autre domaine).

Je vais conclure en vous parlant de petits êtres que nous ne tenons pas en très grande estime, les vers de terre (Marcel B Bouché : Des vers de terre et hommes). La science s’y intéresse très peu en regard de leur importance écologique :

  • à eux seuls ils représentent 70 % de la masse de tous les animaux émergés (y compris les humains)
  • leur masse est 20 fois supérieur à la nôtre
  • ils retournent 20 % des terres arables tous les ans, autant dire qu’ils font le travail des charrues sans le moindre dégât, et gratuitement !
  • ils jouent un rôle primordial dans le cycle de l’azote
  • sans eux la Terre ne serait pas celle que nous connaissons et nous ne serions pas ici pour en parler, car ils jouent un rôle primordial dans la fabrication de l’humus et donc des terres arables, dans leur fertilisation, leur aération.
Mais alors que nous sommes capables d’envoyer des hommes dans l’espace, de concevoir des super-méga-ordinateurs qui nous permettent de spéculer sur les marchés à une vitesse presque aussi rapide que la lumière, malgré toute cette « intelligence » nous sommes absolument incapables de comprendre une simple motte de terre et de prédire son évolution. Les milliards d’organismes qui la peuplent ne peuvent pas être mis en équation. C’est frustrant et en même temps, si nous l’acceptons nous pourrions espérer que notre espèce survive un peu plus longtemps…

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Mis à jour le mercredi 31 mai 2017