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Résister aux grands projets inutiles, imposés et nuisibles

Tous marqués par leur totale inutilité pour les populations et leur nuisance à l’environnement et au tissu social, les GPIIN (grands projets inutiles imposés nuisibles) permettent aux capitalistes (surtout du BTP) de s’assurer des profits énormes, en siphonnant l’argent public, par l’intermédiaire de partenariats public-privé…

Ces projets démesurés et destructeurs de terres agricoles et naturelles s’inscrivent dans la logique de « plus grand, plus gros, plus vite ». Rejetés, ils entraînent des résistances fortes qui réunissent : jeunes et moins jeunes, salarié•e•s et chômeurs/euses, citoyen•ne•s, associatifs, syndicalistes, militant•e•s… De cette rencontre naissent le fourmillement d’idées et l’énergie des luttes.

NDDL : ça continue !

Certains GPIIN sont emblématiques. Notre-Dame-des-Landes est de ceux-là. Né dans les années 1960, le projet « d’aéroport du grand Ouest », rêve de grandeur des potentats locaux, n’a cessé de cristalliser le rejet qui a pris des formes différentes. Un temps en sommeil, le projet a refait surface en 2000 avec le gouvernement Jospin. La résistance s’est muée en occupation de la zone par des activistes venus aider les paysans condamnés à l’expulsion et une population résistante. Occupation, autogestion, mode de vie alternatif, tous les ingrédients étaient réunis pour donner naissance à la ZAD (zone à défendre). En 2012, plus d’un millier de policiers et gendarmes tenteront d’évacuer les zadistes. Les expulsions, la répression violente, les destructions de fermes, les blessés ont renforcé la solidarité entre les habitants, les agriculteurs et les militants venus de toute la France et d’Europe.

Aujourd’hui, référendum ou pas, la détermination des opposantEs montre que la lutte a vite dépassé les enjeux locaux. À l’initiative de l’ensemble du mouvement d’opposition au projet d’aéroport, la « Manif – Construction – Fête » du samedi 8 octobre montrera à nouveau notre volonté commune d’empêcher toute agression contre la ZAD et tout démarrage des travaux.

Vraiment partout !

Dans les transports, l’État et les collectivités locales multiplient les autoroutes (Côte d’Azur, île de la Réunion, Grenoble-Sisteron, liaison A28-A13 à Rouen), les lignes TGV et LGV (Bordeaux-Limoges, Paris-Le Havre, Lyon-Turin), les canaux (Rhin-Rhône, Seine-nord de l’Europe)… Aucune région n’est épargnée par la nécessité pour les capitalistes de multiplier les axes routiers pour transporter les marchandises toujours plus nombreuses. Sous l’appellation « aménagement du territoire », élus et experts font avaler aux habitants – jamais consultés – des projets destructeurs (Europacity à Gonesse, village Décathlon à Orléans, Grand Paris, Centers Parcs…).

L’agriculture n’est pas épargnée. Des fermes-usines poussent ici ou là. Vaches, porcs, agneaux, volailles élevés par milliers, gavés de médicaments, concentrés dans des espaces réduits, sans terre, sans herbe, sont des matériaux qui fournissent des profits juteux aux industriels de la bouffe. Les légumes et les fruits poussent dans des serres gigantesques, comme à Echillais où 50 tonnes de tomates sortent chaque jour des serres chauffées grâce à un hyper-incinérateur.

L’énergie et les ressources naturelles ont aussi leurs GPIIN. Le nucléaire, les centrales comme celle à biomasse à Pierrelatte ou le barrage de Sivens prévu pour arroser du maïs, gourmand en eau, dans une région où il pleut peu. Les loisirs sont touchés aussi avec la construction d’usines à touristes (Center Parcs de Roybon). À chaque fois, des chantiers surdimensionnés marqués par la folie productiviste.

Cet été encore, une lutte a marqué des points : la lutte contre le projet d’enfouissement des déchets nucléaires à Bure…

Dossier réalisé par la Commission nationale écologie


 Été d’urgence à Bure

C’est ainsi que les résistants de Bure appellent les trois mois intenses de mobilisation contre la décharge de déchets nucléaires…

En effet, l’État via l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) avait décidé de passer la vitesse supérieure. En plein cœur de l’été, 20 députés ont choisi pour une population entière d’accélérer le processus d’enfouissement en votant une « loi sur la réversibilité du stockage géologique ». Comme si la réversibilité était possible ! Avant d’avoir obtenu la moindre autorisation, l’Andra, au mépris des lois, a commencé à défricher la forêt de Bure prétendument pour faire des « investigations sismiques »… alors qu’il s’agissait en fait du début des travaux.

Elle a arrosé les collectivités locales, les associations, les entreprises et même les particuliers, à coups de dizaines de millions d’euros pendant 20 ans, a obligé les habitants à vendre plus de 3 000 ha de terres et de forêts, à coup de menaces à peine voilées, a triché sur les résultats de ses investigations et s’est fait prendre la main dans le sac à plusieurs reprises. Elle a colonisé le territoire et les esprits à grand renfort de publicités mensongères, de propagande massive, jusque dans les écoles, et finalement, a acquis une forêt de 200 ha au cours d’un échange rocambolesque avec une commune limitrophe de Bure, Mandres-en-Barrois. Afin d’éviter la colère de la population en majorité opposée, son conseil municipal s’était même réuni à 6 heures du matin…

Résistances !

Après avoir occupé la forêt pendant plusieurs semaines, s’en être fait expulser par des cohortes de gardes mobiles, après l’avoir reprise victorieusement au prix d’une lutte acharnée où les vigiles de l’Andra, armés de gourdins et de battes, se sont illustrés par leur brutalité, les résistantEs de Bure ont fait une pause toute relative en se retirant du bois, mais en érigeant plusieurs vigies en lisière de forêt.

Afin de « protéger ses travaux et son personnel », l’Andra avait décidé d’ériger un mur de 2 mètres de haut et de presque 4 kilomètres de long autour de la forêt.

Aussitôt assignée en justice par les opposant•e•s pour non-respect du Code forestier (défrichage sauvage) et du Code de l’urbanisme (construction sans permis), l’Andra a continué d’afficher sa suffisance en poursuivant inexorablement ses travaux, malgré les tentatives de blocage des sous-traitants par les résistants.

Plus d’un kilomètre de mur avait déjà été construit lorsque la justice a donné raison aux opposantEs, pour la première fois en 20 années ! L’Andra a été condamnée, sans être forcée par le tribunal à détruire son mur gardé jour et nuit par les forces de l’ordre omniprésentes. Une nouvelle manifestation joyeuse et déterminée a donc été décidée pour achever le travail juridique et « aider » l’Andra à respecter ses obligations légales.

« La magie de l’action commune »

C’est ainsi que le dimanche 14 août, en plein milieu d’un camp rassemblant des militantEs de toute la France qui a duré deux semaines, quelque 500 personnes se sont retrouvées afin de « remettre la forêt en état ».

Les opposants ont pu y pénétrer et gagné ! Les jeunes manifestant•e•s qui ont pris en main cette lutte prolongeant celle des opposantEs historiques résument parfaitement l’ambiance qui régnait ce jour-là : « À chaque pan de mur qui mord la poussière, le sol et l’air grondent de nos hurlements enlacés. Les sueurs et les mains s’arc-boutent aux sangles solidement arrimées, et, aux cris des “1, 2, 3 !, Allez !” ». Le site Reporterre fait parler un opposant : « Un acte de sabotage collectif et joyeux. Trois générations sont présentes, des locaux, des militants historiques, des jeunes, des paysans, certains masqués, d’autres non. Des cultures politiques différentes se rejoignent dans la magie de l’action commune. Nous sommes tous contre le nucléaire et son monde de barbelés, de vigiles mercenaires, de béton armé, de pots-de-vin, de bureaucrates et d’experts méprisants. »

En mêlant occupation physique du territoire, sabotage et recours juridiques, les opposant•e•s ont dessiné les contours possibles d’un grand mouvement de résistance et gagné leur première bataille face au « croque-mort du nucléaire ». C’est bel et bien une superbe victoire, une humiliation totale et inédite pour les pouvoirs publics. Certes, la bataille est loin d’être gagnée, mais quelle joie de voir un mur tomber !

Tout au long de la période estivale, des centaines de personnes ont convergé vers Bure. La Maison de la résistance a connu de nombreux passages, un fort brassage. La médiatisation a été importante, et désormais, tout le monde sait situer sur une carte ce village perdu aux confins de la Meuse…

Mobilisation contre l’EPR de Flamanville

Le nucléaire occupe une place particulière dans les GPIIN à cause de la menace permanente de destruction qu’il fait peser sur l’humanité. Pour marquer notre refus d’une fuite en avant dans une technologie mortelle, pour exiger son arrêt, le NPA se mobilise et mobilise pour réussir le rassemblement des 1er et 2 octobre à Siouville-La Hague (Flamanville). À suivre…


 2 500 personnes au Festival des luttes en Bretagne

Au cœur de la Bretagne rurale, aux confins du Trégor, s’est tenu le mois dernier, les 19, 20 et 21 août, le Festival des luttes, regroupant des représentantEs de plusieurs collectifs, tous hostiles à de (plus ou moins) GPIIN en Bretagne. Le dépliant annonçant la fête était très explicite : le point commun à tous ces projets est la recherche du profit inhérent au capitalisme.

L’initiative du festival revient à l’association locale « Douar Didoull », qui lutte contre les projets miniers que l’on veut nous imposer. La société Variscan est missionnée pour étudier la possibilité de relancer dans le secteur des activités minières dont l’on sait qu’elles seraient dévastatrices de terres agricoles, extrêmement polluantes, et quasi nulles pour ce qui concerne les retombées sur l’éco­nomie locale, notamment l’emploi. Il existe de tels projets dans plusieurs secteurs de Bretagne intérieure, au sud des Côtes-d’Armor, dans le Morbihan, et en Ille-et-Vilaine. Partout des collectifs tentent de se constituer.

Parmi les invité•e•s, outre le stand de Notre-Dame des Landes, des anti-nucléaires annonçant la manifestation des 1er et 2 octobre, des militant•e•s opposés aux compteurs Linky, des Finistérien•ne•s opposés à la construction d’une centrale au gaz à Landivisiau…

Très remarquée, l’intervention de l’association « Peuple des Dunes », qui se bat contre les extractions de sable en baie de Lannion, et qui compte à son actifs des manifestations de plusieurs milliers de personnes ! Il s’agit là pour le groupe Roulier (agrochimie) de ponctionner de grosses quantités de sable coquiller, riche en calcaire, destiné à des apports de calcaire sur les terres. Une lutte identique a déjà été victorieuse, face à Erdeven, dans le Morbihan, alors qu’il s’agissait de draguer du sable pour le groupe Lafarge (béton).

Outre le fait de permettre un échange d’informations sur toutes les luttes en cours, le gros intérêt du festival,a été de mettre en place, de fait, une ébauche de coordination entre des équipes militantes qui, pour défendre des causes diverses, n’en ont pas moins bien compris que leur intérêt était bel et bien de faire front commun. Il n’a pas non plus échappé à la presse qu’il s’était passé quelque chose à Plougonver, où plus de 2 500 personnes ont choisi de passer un week-end d’été à préparer les luttes à venir !


 Maroc : une prédation toxique

Le pouvoir qui s’apprête à accueillir la COP 22 en novembre mène une politique de prédation et de projets inutiles et nuisibles.

Ainsi la construction d’une ligne TGV de 1 500 km (plus de 100 milliards de dirhams, soit 36 % de la dette publique externe…) au profit exclusif d’Alstom. Financée par des emprunts que la population doit rembourser, cela alors qu’elle ne l’utilisera pas compte tenu des prix des billets ! Cette ligne draine les fonds publics alors que le réseau ferroviaire date d’avant l’indépendance et ne couvre pas de nombreuses régions. Chaque 10 mètres construits coûte l’équivalent d’une école dans le monde rural.

Autre exemple : la centrale thermique de Safi au profit, entre autres, d’une filiale de GDF Suez. Le charbon utilisé est qualifié de « propre » car supposé réduire les émissions en CO2, cela dans une ville extrêmement polluée en raison des usines chimiques liées à l’extraction et transformation du phosphate. Il contient de l’arsenic et du mercure, produits toxiques, sans parler des conséquences des rejets de l’eau de la mer utilisée pour refroidir les chaudières. Les conséquences sont donc multiples : pluies acides impactant l’agriculture, le bétail, extension des maladies respiratoires, disparition des poissons alors que la ville était un des plus grands ports faisant vivre des milliers de familles exerçant une pêche artisanale.

Dette, coupes budgétaires et expropriations...

Autre exemple, la construction de la plus grande centrale solaire du monde à Ouarzazate. 3 000 hectares de terres collectives utilisés comme parcours d’élevage accaparés à un prix dérisoire et revendus à l’Agence marocaine pour l’énergie solaire... une société privée liée à la famille royale. La technologie utilisée repose sur l’utilisation extensive de l’eau (entre 2 et 3 millions de mètre cubes par an)… dans une région semi-aride avec des ressources en eau constamment en baisse. Les besoins de la centrale pour exporter l’énergie solaire produite seront donc satisfaits au détriment de l’irrigation et de l’eau potable. Après l’or, le diamant, le coton, le pétrole et le gaz, l’énergie solaire servira-t-elle à nouveau à maintenir la domination impérialiste ?

À Imider, siège la plus grande exploitation minière d’Afrique exportant de l’argent vers l’Europe, les habitant•e•s n’ont ni route, ni dispensaire, ni école, et l’hôpital le plus proche est situé à 200 km. La surexploitation de la mine a provoqué la pollution de leur environnement immédiat au cyanure et au mercure et la confiscation de l’eau destinée à l’irrigation et la consommation.

Tout ces projets, parmi d’autres, nourrissent la spirale de la dette, les coupes budgétaires, exproprient les terres. Les mobilisations populaires sont récurrentes : contre les industries chimiques, le pillage des ressources forestières et naturelles, la spéculation foncière, la pollution de l’air, l’importation des déchets, la surfacturation et la diminution des ressources d’eau. Il serait nécessaire que les différentes résistances, ici et là-bas, s’expriment et convergent lors de la tenue de la COP 22. C’est l’enjeu des semaines à venir.


 L’engeance productiviste

Le productivisme, c’est-à-dire le besoin d’expansion illimitée de la production et de la consommation, de « croissance » et d’accumulation (du profit) est inhérent au fonctionnement du système capitaliste.

C’est lui qui conduit, nécessairement, à multiplier les grands projets inutiles imposés et nuisibles. Certes, dans chaque cas, on voit le rôle des intérêts particuliers de monopoles cupides et l’aveuglement de politiciens bornés, mais, en dernière analyse, est une affaire systémique.

Quelle « croissance » ?

L’idéologie de la croissance, ou mieux la religion de la croissance est commune à la droite et à une bonne partie de la gauche, de la social-démocratie à une partie des communistes. Elle est censée résoudre tous les problèmes : le chômage, la crise économique, la pauvreté, etc. Malheureusement elle exerce son influence aussi sur une partie non négligeable de la population. Or, non seulement la « croissance » productiviste ne résout rien – tous les économistes savent que l’augmentation du PIB ne signifie pas une extension de l’emploi – mais elle nous conduit, à une rapidité… croissante, à la catastrophe écologique, dont le changement climatique est l’axe principal.

Le productivisme capitaliste ne vise pas l’utilité, la valeur d’usage, mais uniquement la valeur d’échange, le profit, l’argent, l’accumulation du capital. L’utilité ou pas d’un investissement, d’un projet, d’un grand projet, c’est le cadet des soucis du capital et des gouvernements à son service, d’où la multiplication des productions inutiles, entretenues par la publicité, et des grands ­projets inutiles.

Changer le système

Le caractère nuisible des projets pour la population locale, et d’une façon générale, pour l’humanité – réchauffement global – n’entre pas en compte non plus. L’aéroport de Notre-Dame des Landes est un bon exemple de cette logique, absurde et irrationnelle d’un point de vue humain et environnemental, mais rationnelle du point de vue du profit des Vinci et Cie, du productivisme. Non seulement c’est un projet inutile, mais destructeur de la nature et générateur d’émissions massives de gaz à effet de serre.

Le combat pour empêcher ces GPIIN, c’est à la fois :

  • gagner un combat juste contre l’irrationalité productiviste,
  • montrer l’importance et l’efficacité de l’action collective,
  • élever la conscience anticapitaliste chez les individus et groupes mobilisés.

Chaque victoire, grande ou petite, compte. Mais il ne faut pas avoir d’illusions : tant que le capitalisme existera, des nouveaux GPIIN vont apparaître, plus inutiles et nuisibles les uns que les autres. Si nous voulons éviter le pire, il faut changer le système, et donc réfléchir à des alternatives anticapitalistes et antiproductivistes. C’est le cas de l’écosocialisme qui propose une rupture radicale avec la civilisation capitaliste/industrielle moderne, et un projet de société fondé sur l’autogestion, la planification démocratique et le respect de l’environnement.

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Mis à jour le mercredi 31 mai 2017