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« Nous défendons l’écosocialisme pour sortir du capitalisme » (Philippe Poutou sur Actu-environnement)

En amont du premier tour de l’élection présidentielle, Philippe Poutou, candidat du Nouveau parti anticapitaliste précise pour Actu-environnement ses propositions en matière de mix énergétique, d’agriculture ou encore de santé environnementale.

Actu-Environnement : Comment vous inscrivez-vous par rapport à la transition énergétique lancée par le précédent quinquennat ?

Philippe Poutou : Le quinquennat Hollande n’a apporté aucune réponse à la hauteur des enjeux majeurs. En matière de nucléaire, la vraie question aujourd’hui est : comment arrêter de produire du courant avec le nucléaire, trop dangereux, trop polluant, trop coûteux ? Hollande et son équipe ont poursuivi la même politique que tous les prédécesseurs, ont bafoué la maigre promesse électorale de fermer Fessenheim, ont poursuivi le fiasco de l’EPR de Flamanville. Des nucléocrates aveugles qui font courir les pires risques à l’humanité.

Concernant le climat, l’Accord de Paris signé à l’issue de la COP 21 est à ranger au rang des accessoires médiatiques, inefficaces et inutiles. Le manque d’actions concrètes qui en découle montre bien que l’Etat est davantage préoccupé par poursuivre les politiques économiques si favorables aux grands groupes capitalistes que par répondre aux défis posés par le réchauffement climatique.

Sur la question des transports ,alors qu’il faudrait privilégier le rail et le fleuve, le PS au gouvernement a continué à favoriser le tout-camion qui, en plus de rajouter de la pollution et d’asservir les routiers par des conditions de travail déplorables, impose de construire toujours plus de routes, de rocades, d’autoroutes... qui augmente automatiquement le nombre de véhicules en circulation. Ce gouvernement, comme les précédents, a poursuivi le bitumage des routes, l’extraction du sous-sol des matériaux nécessaires au bétonnage des espaces. Mais avant de parler de leur transport, il faut diminuer le volume de biens produits, se poser la question de quoi on a besoin et où le produire (relocalisation des productions).

Pour le transport de personnes, il est tout aussi urgent d’arrêter le tout-voiture. Tout est fait pour favoriser la voiture au détriment de modes de transport plus vertueux comme les transports en commun, le vélo, la marche à pied. Nous préconisons le développement des transports en commun de qualité, fréquents, sûrs et gratuits. Partout où elle est appliquée, la gratuité dope la fréquentation des bus et diminue d’autant l’utilisation de la voiture. La voiture électrique dans un pays dont l’électricité provient à 75% du nucléaire n’est pas la solution. D’autant plus que son bilan carbone n’est intéressant qu’à partir de 50.000 km, que son autonomie est faible, son coût exorbitant. Nous la rangeons au magasin des fausses solutions pour l’environnement.

Nous défendons également un plan de rénovation-isolation des bâtiments, à commencer par les édifices publics. Les moyens techniques existent pour permettre d’économiser l’énergie tout en chauffant correctement tous les habitants.

L’oubli et le mépris des promesses électorales ont été la marque du quinquennat Hollande. NDDL, LGV, Jeux olympiques, la liste est longue des renoncements aux engagements pris, au louvoiement entre les aspirations populaires et les contraintes imposées par les grands groupes industriels et financiers. Au final, Hollande a poursuivi la politique productiviste à l’œuvre depuis des décennies.

AE : La santé est une préoccupation majeure des Français. Que prévoyez-vous en matière de santé environnementale ?

Philippe Poutou :

  • Interdiction de toutes les substances chimiques dangereuses pour la santé, à partir d’évaluations réellement indépendantes, et dans des conditions d’utilisation "réalistes" (tester un désherbant sans son adjuvant est sans intérêt par ex.) et en particulier des biocides pour l’utilisation agricole.
  • Interdiction des perturbateurs endocriniens.
  • Ne pas se focaliser sur le diesel, comme si les voitures à essence lavaient plus blanc et encore moins sur les véhicules électriques.
  • Développer l’agriculture biologique qui est à même de nourrir sainement les gens, d’offrir des emplois et de redynamiser les campagnes.

AE : Comment envisagez-vous l’évolution du modèle agricole français ?

Philippe Poutou : Nous n’envisageons pas une évolution mais une révolution agricole :

  • Transition rapide vers l’agriculture bio.
  • Passage d’une agriculture de filières à une agriculture de proximité, basée sur les besoins réels des consommateurs et non pas destinée à l’exportation.
  • Aides plafonnées de manière à favoriser une agriculture paysanne plutôt que le gigantisme.
  • Interdiction des élevages hors-sol et des fermes-usines.
  • Respect du bien-être animal et des besoins physiologiques des animaux de ferme.
  • Garantie d’un revenu minimal pour les petits paysans.
  • Conditions de travail et salaires des salariés de l’agroindustrie.

L’agriculture doit stocker du carbone au lieu d’émettre des GES comme elle le fait actuellement, et donc contribuer de manière considérable à limiter le réchauffement climatique. L’agriculture peut aider à la protection de la biodiversité mortellement menacée aujourd’hui.

AE : L’arrivée du phénomène de ZAD complique l’aménagement du territoire. Comment concilier développement économique local avec le respect des milieux ?

Philippe Poutou : Nous ne considérons pas que les zadistes compliquent l’aménagement du territoire. Ils/elles mettent en évidence les contradictions du système capitaliste et son incapacité à préserver notre environnement. L’Etat n’hésite pas à passer en force quand la population est opposée, s’appuie sur une frange mue par des intérêts particuliers et financiers, envoie les forces de l’ordre, menace et réprime. Les zadistes ont le mérite de montrer que la résistance est possible, et mettent en pratique de nouvelles formes de vie en société.

Les terres sont déjà beaucoup trop artificialisées comme ça. Le développement économique sert de prétexte à donner de juteux contrats à des entreprises privées. Il y a énormément de friches industrielles, de bâtiments vides, de logements vides à utiliser avant de bétonner de nouvelles terres. C’est évidemment vrai pour les GPIIN (Grands Projets Inutiles Imposés Nuisibles) mais pas seulement. Par exemple, les collectivités locales préfèrent souvent construire de nouveaux bâtiments plutôt que d’aménager l’ancien. L’utilité sociale des nouveaux projets est très rarement avérée. Et le plus souvent, ces projets ne profitent qu’à la frange la plus riche de la population (LGV, aéroports, incinérateurs…)

AE : De quelle manière entendez-vous mettre en œuvre votre politique environnementale au sein de votre gouvernement ? Quel budget prévoyez-vous pour vos mesures et comment les financer ?

Philippe Poutou : Nous défendons l’écosocialisme qui apporte des réponses aux enjeux actuels : sortir du capitalisme et stopper la crise écologique profonde. Le système capitaliste creuse les inégalités, met en concurrence les travailleur(euse)s du monde, détruit les services publics, les protections et droits sociaux, renforce et remodèle l’oppression des femmes. Dans le même temps, il accélère le bouleversement climatique, la destruction de la biodiversité, la pollution de l’air, de l’eau et des sols, la disparition et l’épuisement des terres cultivables, la déforestation… Il transforme les relations humaines, les relations au monde et la perception de nous-mêmes sur le modèle entrepreneurial et individualiste.

L’argent, il y en a, dans les poches du patronat ! D’autant plus que tous les gouvernements n’arrêtent pas de les remplir (CICE, partenariat public-privé...). Le coût de la pollution est gigantesque en terme de santé publique et de traitement des pollutions (par ex. le traitement des eaux pour produire de l’eau potable coûte plus cher que les ventes des engrais qui ont causé ces pollutions). L’arrêt des GPIIN permettra aussi d’énormes économies.

Voir en ligne : Interview de Philippe Poutou par Rachida Boughriet sur Actu-environnement

P.-S.

Propos recueillis par Rachida Boughriet, journaliste
Rédactrice spécialisée
© Tous droits réservés Actu-Environnement

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Mis à jour le mardi 14 novembre 2017