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POUTOU2017 | Protéger la biodiversité contre le capitalisme est une urgence absolue

Réponses de Philippe Poutou et du NPA aux 10 propositions de l’association Humanité et Biodiversité, présidée par Hubert Reeves.

La zone humide du Testet en 2014, avant sa destruction pour construire le barrage de Sivens

 Protéger la biodiversité est l’urgence absolue

Proposition 1 : Renforcer, en mobilisant tous les acteurs, la connaissance de la biodiversité sur l’ensemble de notre territoire.

Notre connaissance de la biodiversité française, même en métropole, est encore très partielle, tant en termes de couverture géographique que d’espèces considérées. En outre, l’état de la biodiversité ne fait généralement pas l’objet de suivis réguliers, d’où des tensions fréquentes lors d’aménagements révélant une biodiversité inattendue.

Il convient donc de sensibiliser à cet enjeu et de développer une démarche pluriannuelle coordonnée d’inventaires, en y associant étroitement les habitants de tous âges.

Réponse de Philippe Poutou et du NPA :

La connaissance de la biodiversité est indispensable mais sa protection est maintenant l’urgence absolue. L’acquisition de connaissance ne doit pas servir de prétexte à la procrastination.

Nous considérons que l’artificialisation des terres a atteint un niveau à ne pas dépasser. Par conséquent, nous mettrons un stop à tous les GPIIN. La France est suffisamment pourvue en infrastructures de transports sans que de nouvelles soient créées. Les projets commerciaux, industriels ou administratifs peuvent être réalisés sur des terrains déjà artificialisés. Les occasions de tensions devraient donc être réduites au minimum c’est-à-dire sur des projets de réelle utilité publique et pour lesquels il n’existe vraiment pas d’alternative.

Nous sommes évidemment favorables à ce que toute la population puisse prendre part à l’étude de la biodiversité et la réduction massive du temps de travail que nous prônons permettra à chacun de s’investir dans ce type d’activité. Mais toute la biodiversité ne peut pas être étudiée par tout un chacun, l’étude de la vie souterraine ou sous-marine est, par exemple, difficilement accessible aux non-scientifiques et il y a un risque que cette acquisition de connaissance se focalise sur des certaines espèces (grands prédateurs, rapaces…) au détriment d’espèces tout aussi importante mais moins « attractives ».

 Pas de concertation dans le système capitaliste

Proposition 2 : Améliorer la rigueur et l’efficacité du dialogue environnemental, pour faciliter la participation du public à l’élaboration des politiques publiques, notamment de biodiversité.

Fondées sur le diagnostic de certains projets mal acceptés, et d’instances de dialogue peu efficaces, nos propositions visent à :

  • améliorer la concertation tout au long de la conduite des projets et des programmes ;
  • renforcer et préciser le rôle des instances d’expertise d’une part, et de concertation d’autre part ;
  • mieux structurer l’expertise publique, en profitant de la création de l’Agence française de la biodiversité.

La définition de politiques publiques de biodiversité appropriées par le public et cohérentes avec les autres priorités de la société nécessite un dialogue de qualité avec toutes les parties prenantes. Les propositions d’évolution doivent s’appuyer sur le diagnostic de la situation, et de ses faiblesses actuelles.

Réponse de Philippe Poutou et du NPA :

Nous préconisons pour cela de renforcer le travail des associations de terrain qui ont des connaissances et sont capables d’expertise, en particulier en accordant des subventions issues des budgets des régions. Aucun projet ne peut faire sans l’avis des associations environnementales indépendantes d’une part, mais sans l’accord des populations d’autre part.

Une vraie concertation ne peut exister dans le cadre du système actuel. Sans changement profond de système (production et consommation) rien d’efficace n’est viable. La baisse du temps de travail que nous préconisons permettra à chacun d’avoir du temps pour participer à la vie de la cité et plus particulièrement à l’élaboration des politiques publiques.

Nous pensons que le débat et le dialogue sont biaisés. Comme vous le dites l’État est souvent juge et partie, mais surtout l’État est au service des intérêts privés (Vinci à NDDL) et cela même quand les entreprises concernées sont dans le giron public comme EDF.

Nous ne partageons pas du tout votre appréciation sur le projet Cigéo à Bure : nous ne considérons pas que c’est «  objectivement un cas très complexe à traiter […] qui est “pris en otage“ par le débat plus large sur la politique nucléaire ».

 Interdire les projets nuisibles

Proposition 3 : Réduire, voire supprimer les subventions les plus dommageables à la biodiversité, en particulier dans les domaines de l’urbanisme, de l’agriculture, de la pêche et des transports et les réorienter vers des activités positives pour la biodiversité.

Ce bouleversement de l’existant se fera progressivement pour tenir des situations économiques et sociales des acteurs bénéficiaires de ces aides néfastes à la biodiversité.

Les chantiers prioritaires de la reconquête concerneront la lutte contre l’artificialisation des sols, le renouvellement des pratiques agricoles, la révision des fiscalités négatives, la réorganisation de notre aménagement du territoire.

Réponse de Philippe Poutou et du NPA :

Nous pensons que l’état de l’environnement et de la biodiversité nous oblige à prendre des mesures radicales et immédiates. Faut-il rappeler que les espèces qui ont disparu ne reviennent pas, que les biotopes détruits ne peuvent pas être recréés ?

Non seulement nous supprimerons les subventions dommageables mais nous interdirons tout projet dommageable. Nous sommes pour l’arrêt des Grands Projets Inutiles Imposés Nuisibles (GPIIN) qui n’ont aucun intérêt social, qui sont destructeurs d’espaces naturels, agricoles et de biodiversité, qui polluent et augmentent le réchauffement climatique. Aucune subvention pour des projets biocides.

 Refuser le capitalisme vert

Proposition 4 : Créer et soutenir un « cluster interprofessionnel biodiversité » regroupant l’ensemble des acteurs du secteur.

Cette proposition se fonde sur la nécessité de créer les conditions de l’innovation dans le champ de la biodiversité et ainsi contribuer à une nouvelle croissance plus respectueuse de l’environnement, mais capable d’imagination et de rupture avec une conception passéiste de notre modèle de développement.

Les missions de ce cluster seront de contribuer à consolider les compétences de l’ensemble des entreprises, de permettre une meilleure coopération technique entre acteurs, de faciliter les partenariats avec la recherche publique et les transferts des résultats, de faciliter l’accès de ses membres au financement de l’innovation et d’assurer une meilleure visibilité et lisibilité pour les donneurs d’ordre.

Afin de ne pas bouleverser un paysage déjà complexe, ce cluster devra prendre soin de ne se substituer à aucun acteur existant, mais devra apporter une valeur ajoutée à ses adhérents et se fixer pour objectif d’autofinancer son fonctionnement.

Réponse de Philippe Poutou et du NPA :

Ce « cluster » nous semble une énième incarnation du capitalisme vert qui est une impasse du point de vue environnemental. Nous sommes très réfractaires à des formules comme «  innovation qui recompose les rapports économiques avec le vivant non humain  » ou «  les grands plans d’investissement d’avenir peuvent permettre de créer des anticipations positives pour les investisseurs » ou « obligations vertes » « nouvelle croissance » ou encore « faciliter les partenariats avec la recherche publique ».

 Étendre les zones protégées

Proposition 5 : développer des « espaces de nature » diversifiés, lieux de découverte et d’échange autour de la biodiversité.

Les divers types d’espaces protégés constituent des outils privilégiés de la prise en compte du temps long dans la gestion des territoires et de la biodiversité. Ils doivent être maintenus et développés dans leur diversité, sur la base des concepts actuels sur le fonctionnement des écosystèmes et socio-écosystèmes. Ceci nécessite une réflexion menée avec toutes les parties prenantes, pour adapter au monde actuel le concept général d’espace protégé et ses déclinaisons et renforcer leur rôle de sensibilisation aux enjeux de la biodiversité.

Dans une société changeante tant sur le plan politique que socioéconomique, où le temps court est privilégié, la gestion environnementale des territoires nécessite l’existence de zones de stabilité prenant en compte le temps long de la biodiversité. Précisons dès maintenant que stabilité environnementale ne doit pas dire « immobilisme » et « mise sous cloche » mais « évolution raisonnée », en tenant compte des dynamiques naturelles et sociétales. De plus la dynamique d’un espace protégé doit être intégrée dans le socio-écosystème dont il fait partie, en tenant compte des populations humaines locales et en développant le concept de « solidarité écologique ».

Réponse de Philippe Poutou et du NPA :

Nous sommes en accord avec cette proposition mais nous pensons que les zones protégées sont beaucoup trop réduites et doivent donc être étendues.

 Sortir de l’agriculture industrielle

Proposition 6 : Encourager des projets territoriaux et participatifs pour une alimentation de qualité et favorable à la biodiversité.

Malgré plusieurs réformes visant à mieux prendre en compte les enjeux environnementaux, les politiques agricoles, en particulier la Politique Agricole Commune, restent principalement orientées vers l’organisation des marchés et le soutien au revenu des agriculteurs. De leur côté, les politiques de l’alimentation se concentrent sur l’aval des filières et la santé des consommateurs, sans impliquer fortement les pratiques agricoles et leurs conséquences.

Nous proposons d’intégrer tous ces enjeux dans une politique de l’alimentation durable, fortement ancrée dans les territoires, à travers des « projets territoriaux et participatifs pour une alimentation durable » visant à améliorer à la fois le bilan environnemental et la qualité (nutritionnelle mais aussi sanitaire et organoleptique) de la production alimentaire et associant l’ensemble des acteurs de ce territoire et des filières concernées.

Réponse de Philippe Poutou et du NPA :

Nous ne reprenons pas votre analyse selon laquelle « il apparaît donc aujourd’hui que les politiques alimentaires sont encore principalement orientées vers des impératifs, légitimes, de réduction des inégalités ou de santé des consommateurs », nous considérons au contraire que les politiques actuelles ne se préoccupent pas plus de la santé, des inégalités que de l’environnement.

Elles sont au service de l’agroindustrie : l’utilisation de pesticides ne baisse pas, la santé des consommateurs est mise à mal par les pollutions chimiques et la malbouffe et l’inégalité face à l’alimentation ne baisse pas au contraire.

Nous sommes pour sortir de l’agriculture intensive industrielle et pour le passage à l’agrobiologie qui est la seule forme d’agriculture pouvant nourrir sainement les populations tout en préservant l’environnement et en assurant un revenu correct aux paysans. La sortie de l’agro-industrie doit être programmée.

Dans le cas d’une agriculture paysanne, biologique, localisée dans des petites unités, en lien avec les territoires, votre propositions sera satisfaite, sinon, c’est illusoire de penser que l’agriculture actuelle, minée par la logique capitaliste pourra le faire.

 Conflits d’intérêt

Proposition 7 : développer une politique publique coordonnée sur les liens entre santé et biodiversité.

Il s’agit de structurer une politique publique dédiée à cette problématique, avec des moyens identifiés pour mieux connaître ces liens et favoriser une prise de conscience des acteurs de la santé. Elle se focaliserait sur les causes et pas seulement sur les conséquences et mettrait en place des approches pluridisciplinaires croisant médecins, écologues, vétérinaires et sociologues. Car préserver la biodiversité, c’est protéger in fine notre santé.

Réponse de Philippe Poutou et du NPA :

Nous sommes en accord avec cette proposition même si nous avons des réserves sur le choix de l’ANSES comme pilote étant donné les nombreux conflits d’intérêts qui ont émaillé ses prises de position.

Proposition 8 : mettre en place des projets territoriaux portés par des communautés d’acteurs.

Toute politique publique doit avoir son pendant opérationnel pour être mise en œuvre. Il est proposé ici, via des appels à projets, de faire émerger des actions innovantes dans les territoires associant à la fois les scientifiques et les acteurs de terrain et permettant de tendre vers des « territoires positifs pour la biodiversité et la santé ».

Réponse de Philippe Poutou et du NPA :

D’accord avec cette proposition mais même réserve que pour la proposition précédente.

 Retrouver la Nature en ville

Proposition 9 : Réintroduire le « tissu vivant de la planète » au cœur des espaces urbains, en développant des continuités écologiques urbaines, en re-naturalisant les espaces en déshérence utilisables à cette fin et en verdissant le bâti, afin de restaurer, au profit du citadin, une expérience à la fois pratique et sensible de la nature.

La population humaine, en ce début de 20e siècle, est une population très majoritairement urbaine, concentrée dans des espaces dont l’artificialisation va croissant, déconnectée en cela – dans le cas de la France – du rythme de progression réel de la population. Cet « homo urbanicus » se trouve éloigné, voire plus radicalement coupé de toute expérience sensible ou pratique de la nature. Cette coupure engendre à son tour tout un cortège d’inégalités sociales, comportementales, culturelles et sanitaires, dont certaines ont un coût financier important, à l’instar de l’exposition aux polluants atmosphériques. Les propositions suivantes visent à ré-instaurer des points de contact, d’échange et d’activité avec la biodiversité urbaine, pour réconcilier la nature et les humains, là où ils se trouvent concrètement.

Réponse de Philippe Poutou et du NPA :

Globalement en accord avec cette proposition avec des nuances sur la mise en œuvre qui paraît parfois trop segmentée. Par exemple, plutôt que de créer des jardins pédagogiques pour les scolaires, nous préfèrerions que les jardins potagers ou maraîchers soient adaptés à l’accueil des scolaires.

 « Développement durable » ou écosocialisme ?

Proposition 10 : Traiter les enjeux de l’articulation énergie / biodiversité en respectant la démocratie participative et en prenant en compte toutes les dimensions du développement durable.

La Biodiversité a un rôle fondamental à jouer tant à l’égard de l’atténuation que de l’adaptation aux changements climatiques. Mais pour qu’elle puisse tenir ce rôle, encore faut-il que les politiques énergétiques la prennent en compte. Or, la trajectoire énergétique de la France à l’horizon 2050 vient de faire l’objet d’une série d’instruments, tant législatifs que programmatiques, au cœur desquels figure la loi de transition énergétique du 17 août 2015. Se pose dès lors, au regard des multiples stratégies associées, le problème d’une cartographie des priorités à poursuivre. L’articulation triangulaire climat / énergie / biodiversité doit dès lors être appréhendée à la fois sous l’angle d’une démocratie participative exemplaire, et dans toutes les dimensions du développement durable, économique et social inclus.

Réponse de Philippe Poutou et du NPA :

Nous prônons la prise en charge des affaires par les citoyens eux-mêmes, et mettons en avant la formule « élaboration-discussion-décision » à tous les niveaux des activités. Nous défendons une gestion démocratique de la société où les producteurs et les consommateurs ont le pouvoir de discuter de quoi ils ont besoin, comment produire, où, mais aussi comment recycler, comment réparer, comment économiser, comment éviter les gaspillages… Dans ce cadre-là, votre proposition a sa place.

Par contre nous ne reprenons pas votre formule « développement durable » qui laisse entendre qu’un développement économique sans limite serait soutenable écologiquement. Et nous notons une contradiction dans votre souhait de respecter les objectifs inscrits dans la loi de transition énergétique et votre questionnement du nucléaire. C’est une des raisons pour lesquelles nous voulons que le domaine de l’énergie soit sous contrôle public et que nous prônons la planification démocratique, donc l’anticipation, la délibération, les choix sociaux et politiques.

Notre projet écosocialiste nous donnera les moyens de décider de ce qui doit être produit et comment par la socialisation sous le contrôle des salarié•e•s et des usager•e•s, dans une logique du commun, de gestion ouvrière et citoyenne, de l’autogestion.

Voir en ligne : http://www.humanite-biodiversite.fr...

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Mis à jour le mercredi 31 mai 2017